AMENAGEMENT ET GESTION D'UN TERRITOIRE - L'EXEMPLE DE L'ABBAYE DE FLINES

Monique Heddebaut
Mérignies 16 mai 2003


Les comtes de Flandre à la tête d’un territoire riche et puissant, s’opposeront souvent à leur suzerain, le roi de France, qui cherche à asseoir son autorité (batailles de Bouvines en 1214, des « Eperons d’or » à Courtrai en 1302, de Mons-en-Pévèle en 1304). Mais c’est aussi une période d’expansion économique et d’essor démographique où les cités conquièrent des privilèges considérables. De vastes contrées sont mises en valeur. L’Eglise joue un rôle social et culturel important.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la fondation de l’Honneur-Notre-Dame, qui compte parmi les plus grandes abbayes cisterciennes de femmes en France. On peut légitimement se demander quelles ont été les répercussions d’une telle installation et comment la co-existence a pu être possible entre les communes, les seigneurs locaux et une telle abbaye.

L’installation

Ode de Maigny, qui fut d’abord sous prieure de l’abbaye de Marquette, est élue abbesse (1242-1257). C’est elle qui dirige le transfert du monastère d’Orchies à Flines à partir de1251. Elle a donc à résoudre un certain nombre de problèmes d’ordre politique, juridique, technique. Les difficultés qui en résultent sont bien connues grâce aux litiges et aux accords

Une fondation comtale 

Marguerite de Constantinople, fille de Bauduin IX et descendante de Charlemagne, fonde en 1234 l’abbaye de l’Honneur-Notre-Dame à Orchies, une ville de Pévèle qu’elle apprécie particulièrement. La communauté est rapidement affiliée à l’ordre de Cîteaux. Elle devient comtesse de Flandre en 1244, à la mort de sa sœur Jeanne qui est à l’origine de l’abbaye cistercienne de Marquette dans les années 1226-28. Elle possède un patrimoine foncier de 900 hectares en Flandre, des dîmes et des portions de dîmes, des rentes en nature ou en argent, des dons testamentaires. La grande charte de 1253 énumère toutes les possessions de la comtesse et permet d’en mesurer toute l’importance et la puissance.

Le site retenu

Très rapidement s’impose la décision de transférer la communauté à Flines. Le site retenu est une terrasse sablonneuse orientée est-ouest qui oblique vers le sud, là où a été implanté le village d’Anhiers. Elle est cernée par une zone alluviale formée de sables, d’argiles dans lesquels s’intercalent de la tourbe et des lits de graviers.
Cette région déjà humide a probablement été rendue marécageuse après les aménagements hydrauliques entrepris au Xe siècle à Douai par Arnould 1er, comte de Flandre. Il a pu ainsi assurer l’approvisionnement en eau de la ville, faire tourner les moulins, percevoir des taxes liées à la circulation sur la Scarpe et développer l’industrie du drap et des céréales. Les eaux qui s’écoulaient vers le sud ont été détournées sur la ville grâce au percement du « seuil de Vitry », ce qui a entraîné en aval, un engorgement des terres situées à une altitude comprise entre 16 et 20 m. Il faut savoir que la déclivité des terres de la vallée entre Douai et Saint-Amand n’excède pas 20 cm par km.

Les négociations avec le diocèse 

L’arrivée sur Flines oblige la comtesse et l’abbesse à négocier à la fois avec les seigneurs et les communautés religieuses installées depuis longtemps.
On connaît mal les raisons de ce départ : certains ont avancé que les chanoines d’Orchies, possesseurs de la dîme d’Orchies et patrons de la cure, ont vu d’un mauvais œil l’installation d’une voisine aussi puissante. Une rente annuelle a pourtant été versée à titre de compensation.
Ce déplacement permet de quitter le diocèse de Tournai pour celui d’Arras, le ruisseau de Coutiches jouant le rôle de limite. La situation de Flines au bord de la Scarpe, rivière frontière entre la Flandre et le Hainaut, lui confère un rôle stratégique. Et si cette vallée a pu mériter le nom de « rue aux abbayes » entre Douai et Saint-Amand (avec Marchiennes, Pecquencourt et Anchin, Hasnon…), ce village est l’une des rares terres à n’être pas encore dotée d’un monastère. Il existe quelques seigneuries de peu d’importance.

Les négociations avec la châtellenie de Râches 

Le monastère traite non sans peine avec la châtellenie de Râches. Celle-ci est née aux confins des trois châtellenies de Lille, Lens et Douai. Elle ne doit sa création qu’à sa situation sur la Scarpe et sur la vieille voie qui relie Arras, Douai et Tournai. Les châtelains sont dépourvus de terres propres et de patrimoine personnel. Ils possèdent néanmoins la haute justice sur Flines. L’abbesse négocie avec eux l’aménagement d’un fossé qui rejoint la Scarpe à Lallaing. Il est élargi en amont de l’abbaye et rendu navigable. Il servait auparavant à transporter les bois coupés de la forêt voisine. Ce fossé ou canal permet ainsi à Flines d’être en communication avec l’ensemble du bassin hydrographique de la Scarpe et de l’Escaut, de Douai à Tournai, c’est à dire le comté de Flandre. Les communications par voie terrestre sont coûteuses et moins fiables. Les matériaux pour la construction de l’abbaye peuvent être acheminés par voie d’eau.
La comtesse Marguerite a également racheté aux châtelains les servitudes liées au bois de Râches, mais la question des indemnités versées revient de façon récurrente (droit de pacage, prélèvement de bois, perception d’une taxe par coupe, nomination des gardes du bois…)

Les négociations avec l’abbaye de Marchiennes 

Pour régler les problèmes de drainage, Ode de Maigny doit traiter aussi avec les Bénédictins de Marchiennes. Ceux-ci détiennent les droits d’eau sur la Scarpe jusque la borne de Quéviron, là où s’arrête la juridiction de Douai. Afin de recueillir les eaux de ruissellement qui s’accumulent dans la plaine et les déverser le plus loin possible dans la Scarpe, elle achète le droit de creuser en le prolongeant sur les terres de l’abbaye de Marchiennes, un canal voûté de 20 pieds de large. C’est la Râche, du latin rascia, qui signifie eau stagnante. L’abbesse en achève la canalisation pour le transformer en collecteur principal de cette plaine. Sur la carte de Cassini il est dénommé « canal Madame ». Il se poursuit sur les terres voisines où il devient alors « canal Moncieur ». Deux fossés de décharge plus étroits sont creusés de chaque côté. Par les conventions d’août 1256 et mars 1261 les religieuses résolvent aussi le problème de l’évacuation des eaux de la «Mer de Flines», un étang qui est alimenté à la fois par des sources et par les eaux de ruissellement du bois. Son exutoire n’est autre que le Maraîchon ou Noirot qui se jette aujourd’hui dans le Décours.
Vers la fin du XIIIe siècle, surgit un différend entre les moines de Marchiennes qui détiennent les terres en aval de Flines, et les moniales, qui ont canalisé le fossé et assuré les aménagements. Une sentence confirme le droit de pêche des religieux, mais leur octroie une rente afin qu’ils n’en fassent pas usage, pour ne pénaliser personne.

Les négociations pour le Boulenrieu et l’Escrebieux

Les cisterciennes utilisent un autre ruisseau aujourd’hui disparu, le Boulenrieu, qui avait son origine vers Oignies et aboutissait en aval de Douai, après avoir traversé Auby et Roost-Warendin. Le Boulenrieu et la Râche ont bénéficié de multiples travaux au point de se confondre par endroits.
Un autre courant intéresse l’abbaye, celui de l’Escrebieux qui prend sa source en Gohelle, entre Quiéry-la-Motte et Esquerchin, car il a un débit plus important. Il traverse les marais de Lauwin-Planque, Flers-en-Escrebieux et Roost-Warendin, et vient aussi grossir les ruisseaux qui alimentent le monastère en eau. Il a fait déjà l’objet de différents travaux selon les besoins.

La constitution du temporel

La dotation du monastère

La comtesse fait des dons conséquents de son vivant et aussi à sa mort en 1280, par testament. Elle a donné la terre du Baroeul, soit 200 bonniers1 de terres avec droits de seigneurie et de justice, une portion de dîmes, les bois de Râches et de Planart2, le domaine de Cantin, des terres et dîmes en Flandre occidentale. Les religieuses qui entrent au couvent, amènent leurs biens. Elles sont parfois de naissance illustre.
Les seigneurs locaux tels que Thibaud Duchastel, Alard de Rumes, Arnould de Landas, mais aussi Mahaut de Béthune, la femme du comte Gui, dotent généreusement la communauté naissante. Wagon de Douai, le bailli de l’abbaye, donne son manse et la Mer de Flines, ce qui n’est pas négligeable pour assurer la subsistance des moniales qui s’installent. Ce phénomène s’arrête vers 1300.
L’abbaye bénéficie de certains privilèges pour les moulins qui sont libres de toutes coutumes et usages. Saint Louis a exempté le monastère des droits et péages sur les transports effectués par terre ou par eau : ce sont les droits de vinage, passage, rouage, tonlieu, pesage, etc. Douai s’est aligné sur la décision royale. Les religieuses qui ont installé leur refuge dès 1258 à Douai, dans la Rique Rue, actuellement rue du Gouvernement, profitent de leur situation en bordure de Scarpe. Si elles l’utilisent pendant les périodes troublées et les guerres, en temps de paix, elles s’en servent comme antenne commerciale.
L’abbaye renonce à la haute justice qui se traduit par des sentences de sang, mais ce qui ne l’empêche pas d’encaisser le produit des amendes et des confiscations pour les affaires sur leurs domaines.

L’abbaye

Simultanément sont érigés l’église, puis les bâtiments abbatiaux. C’est un village dans le village, selon les chroniqueurs, avec brasserie, tannerie, forge et ferme. Mais les textes ne livrent que peu d’informations sur les aménagements internes de l’enclos.
Signe de puissance : en 1270 l’abbé de Clairvaux en accord avec le pape, fixe à cent le nombre des religieuses de chœur et à dix-huit les convers/es. Cela signifie que l’abbaye était capable de subvenir au besoin d’une communauté de cette taille.
Très rapidement après son installation, dès la fin du XllIe siècle, le monastère acquiert son autonomie et réussit à devenir une puissance économique, ce qui va de pair avec le développement de la Flandre. C’est du en grande partie à un afflux de dons, mais aussi à une active politique d’échanges et d’achats,

La politique foncière 

La comtesse Marguerite a commencé à regrouper ses terres dès 1244, à la mort de sa sœur Jeanne. De 1285 à 1293, l’abbesse Jeannne d’Avesnes, sa petite-fille, mène une politique active et avisée d’acquisition foncière et de remembrement. Elle garde certaines terres de Flandre occidentale, près de Gand et dans les polders, mais en cède d’autres.
Elle étoffe la taille des fermes. Dès l’installation à Flines on en recense une dizaine qui représentent une part non négligeable du temporel. Elles sont toutes situées dans un rayon d’une vingtaine de km, hormis la ferme de Malgarni à Lambersart et la ferme de la Loge à la Howardrie (Belgique). La règle veut en effet que chacune d’elles soit située à une distance ne dépassant pas une journée de marche. A la tête de chaque cense, un frère convers dirige les travaux et les cultures, lève les droits seigneuriaux et représente l’abbesse dans les cours de justice et les actes publics.
Alors que beaucoup d’abbayes de femmes ont une économie de subsistance, d’autosuffisance, Flines peut rivaliser sans problème avec de grandes fondations masculines, ce qui est exceptionnel.

Quatre censes sont situées à Coutiches. Pour la ferme d’Hellignies, une occupation antérieure a été envisagée par les services archéologiques de Douai : ils ont relevé en 1983 ce qui pourrait avoir été une motte féodale. Elle est aujourd’hui arasée, passant de 3 à 1m. Elle ne bénéficiait d’aucune mesure conservatoire. Ce fief a été acheté en août 1256 à Jean Painmouillé, un bourgeois de Douai. La cense est dirigée par un frère convers. C’est un lieu de perception des rentes et des droits seigneuriaux. Elle compte à l’époque environ 100 bonniers qui ont été donnés au monastère vers 1268.
Pour Pintignies un état des biens et revenus mentionne au XIVe siècle une maison, une cense et 28 bonniers de terres.
La Grande Vacquerie à Faumont3 compte 50 bonniers à la veille de la Révolution. Plusieurs rentes assises sur les terres sont données en 1267.

Nomain possède deux censes : Herbaumez avec 28 bonniers de terres achetées à Alard de Rumes. Elle s’agrandira pour compter jusqu’à 49 bonniers. Puis la Carnoie qui tire son origine de Marie et Helvide de la Carnoie. En entrant au monastère, elles ont fait don de l’héritage paternel. La cense s’étend sur 47 bonniers à la Révolution.

Plus éloignée de l’abbaye, la ferme du Montgarin à Lambersart. Elle est connue sous le nom de Maugarni, Malgarni, Maugrenier ou Mont garni. Le fief est cité pour la 1e fois en 1245, lorsque Jeanne du Busquet fait don d’une importante propriété dans cette commune avec l’accord d’Arnould, seigneur de Cysoing.

Il y a également le domaine de Cantin qui appartenait à la comtesse. Elle en a fait don en 1261. C’est le plus beau domaine de l’abbaye avec ses 108 bonniers de terres. Et enfin la ferme de la Loge à la Howardrie

La consolidation : de la fin du XIIIe jusqu’au XVe siècle

Les relations avec les communautés religieuses

Il s’agit en règle générale de différends relatifs à la dîme qui est commune avec le chapitre de Tournai, l’abbaye de Baudeloo, l’abbaye Saint-Pierre de Gand, etc.
Ainsi l’abbaye d’Anchin assigne devant le doyen de Cambrai le couvent de Flines en 1469 qui refuse de payer la dîme pour une pièce de terre à Auchy, parce que les religieuses s’en croient exemptes. L’ordre de Cîteaux s’en mêle. Le doyen de St-Géry de Cambrai, en qualité de conservateur subdélégué des privilèges d’Anchin, reprend le dossier. Il excommunie purement et simplement l’abbesse et son fermier Jacques Leleu, il frappe de suspens le couvent et jette l’interdit contre l’église. L’abbé de Ste-Geneviève, défenseur des privilèges de Cîteaux, suspend le doyen de St-Géry et l’église abbatiale d’Anchin. Un arrangement est finalement trouvé. Ces actes seront déclarés nuls par la suite. Toutes les censures sont abolies, mais il aura fallu une bulle de Sixte IV en octobre 1474 pour faire taire les susceptibilités, certains voyant là leur autorité bafouée.
Une autre affaire en 1478, celle « des toisons », sera plus rapidement réglée entre Flines et Anchin. Il s’agit de droit sur les bêtes à laine : un arbitrage est rapidement demandé. Tous ont compris qu’il vaut mieux un mauvais arrangement qu’un bon procès.

Les relations avec les communautés villageoises

A partir de l’époque gallo-romaine, Flines est un village qui tire profit de son sous-sol pour produire des poteries4. Si on possède peu d’informations sur le Haut-Moyen-Age, on constate en revanche un agrandissement notable de l’église à la fin du XIIIe/début du XIVe siècle. On passe d’un simple édifice basilical à 3 nefs - nef centrale flanquée de bas-côtés - à un édifice avec transept. Il est vraisemblable que la présence de main-d’œuvre pour la construction de l’abbaye a entraîné un essor démographique. Des ressources nouvelles permettent un agrandissement de l’église paroissiale. C’est aussi une période d’extension des libertés communales. Les communes gagnent le droit de s’administrer librement. Le beffroi et le sceau en sont le symbole dans bon nombre de villes.

Quel est le statut des villageois ? Le servage recouvre des degrés de conditions et de dépendance très divers. On assiste à un mouvement d’affranchissement collectif à partir de 1250. Le servage a été rapidement aboli dans les Pays-Bas, pour disparaître après le milieu du XIIIe siècle. Il faut plus s’attacher à la différence entre le laboureur qui possède un attelage, et le manouvrier. Pour Flines les derniers actes le mentionnant, sont des actes d’affranchissement de 1252 et 1253, émanant de Ode de Maigny et de Arnould de Cysoing. L’abbaye a recours au travail rétribué. Ses terres sont exploitées soit par des frères convers, soit par des tenanciers. Leur travail leur appartient, moyennant rente et corvée. On a affaire à un salariat agricole avec fermage.

En 1244, la comtesse donne aux paroissiens de Flines, de Râches, de Coutiches, d’Auchy, d’Orchies et de Bouvignies, ainsi qu’à l’abbaye, le droit de faire paître les bêtes dans le marais, mais avec interdiction d’empierrer et de creuser pour extraire la tourbe. L’exploitation de la tourbe aurait signifié une dégradation irréversible des terres qui, dans ce cas, n’auraient plus pu être utilisées l’été. Il faut savoir néanmoins qu’une gestion rationnelle des terres inondées est mise en place : culture l’été et pêche l’hiver. Des travaux de drainage ont vraisemblablement été entrepris dès cette époque. Les habitants de Lallaing obtiendront le droit d’utiliser le marais plus tard, sous Charles Quint. La redevance annuelle de 5 sols artésiens est assez modeste.

Mais les rapports avec les villageois sont d’autant moins bons que les terres sont plus éloignées. De 1406-1424 un long procès oppose 12 tenanciers du Baroeul à l’abbaye. Ils refusent de payer la taille de 23 deniers par bonnier et veulent payer en nature la rente en argent, soit 3 rasières de froment par bonnier. Ils ne s’avoueront pas vaincus et réitèreront leur prétentions. Exemple contagieux : une cinquantaine de tenanciers de la même région conteste également la rente à payer. Il y a négociations avec les échevins de Lille pris pour arbitres, chacun cherchant la juridiction qui l’arrange.
Les religieuses ont le droit d’afforage, c’est-à-dire qu’elles fixent les prix de la bière et du vin pour les taverniers et les hôteliers. Un cabaretier de Cantin  a enfreint ces privilèges. Il doit pourtant s’y conformer comme le précise la sentence rendue en 1413 par la gouvernance de Lille. Les décisions de l’abbaye ne font pas toujours l’unanimité.
Les hommes de loi de l’abbaye ne sont pas toujours respectés. Pierre du Transloy qui est évincé d’un héritage à Templeuve, est condamné à un mois de prison pour injures, coups et blessures. Il fait amende honorable à l’abbaye avec un cierge et un voyage à St Gilles en Provence. Ou encore Jean Le Pivier qui a coupé en 1387 un chêne dans le bois de l’abbaye ou  bien celui qui a pêché dans les eaux de l’abbaye.

Les relations avec les seigneurs locaux 

Mais qu’en est-il de la co-existence avec les seigneurs des environs de Flines ? Dès la constitution du temporel qui est achevé fin XIIIe/début XIVe siècle, l’abbaye se trouve à la tête d’un vaste domaine bien géré. Elle doit composer avec certains seigneurs, là où elle possède terres et censes. Les procès sont particulièrement nombreux à partir des XIVe et XVe siècles.
A Nomain, en 1271, l’abbesse et le seigneur de Bouvignies, Gilles de Landas, s’opposent pour les droits seigneuriaux, pour les droits de justice sur la commune pâture de Nomain. Il en résulte un accord moitié/moitié.
Jean de Mortagne, seigneur de Bouvignies, veut exercer une souveraineté entière sur Coutiches et Bouvignies, y compris sur les terres qui appartiennent à l’abbaye. Il doit veiller à ce que l’ordre règne sur leurs terres et ne pas tolérer les malfaiteurs qui ravagent les bois et les viviers. Or ce sont les hommes de l’abbaye qui sanctionnent. Les religieuses refusent et invoquent les privilèges de la comtesse de Flandre, la fondatrice. Il en résulte une convention en 1348 où chacun s’estime satisfait.
Les seigneurs de Bouvignies reviendront souvent à la charge. Ainsi, en 1455, Jacques d’Hollehain, seigneur de Bouvignies, s’opposera à nouveau aux religieuses. Il fait emprisonner dans son château un frère convers et les ouvriers des religieuses qui abattent ou élaguent des arbres le long des chemins de leur seigneurie de Nomain. L’abbaye obtient que cette seigneurie n’ait aucune dépendance du seigneur de Bouvignies.
Par une sentence de 1459 on apprend que le seigneur de Râches, « ledit de Saint Simon ... accompaigné de gens estranges de l’empire et autres gens bannis de ce royaume et mal renommez, avoit fait remettre et geter par iceulx bannis et estrangiers dedens ledit fossé toutes les ordures, regetz et immondices... ». Non content de reboucher ce fossé qui vient d’être curé, il emporte tous les bois coupés sur les rives et arrache les plantations. Ces représailles sont une réponse à un différend sur l’exercice du droit de justice à Flines par les châtelains de Râches, qui ont beaucoup de mal à se faire respecter par leur riche voisine.

La prospérité et le rayonnement de l’abbaye du XVe au XVIIe siècle

Flines comptait en 1485 96 feux dont 22 pauvres ménages, mais 140 feux avant les guerres avec la France5. Après une époque de calamités et d’épidémies, avec la peste qui a ravagé l’Europe, on revient à plus de stabilité et à la prospérité économique. L‘abbaye resplendit à nouveau. On peut attribuer cette aisance retrouvée à une situation plus clémente en Europe et en France, mais aussi à une gestion rigoureuse et avisée. Il en résulte forcément des retombées positives pour le village et les terres des religieuses.
Or, en 1542  on ne dénombre plus que 57 religieuses de chœur et 50 converses. Les deux frères convers sont fort âgés. Après 1571 on en revient à 120 religieuses, voire 150, ce qui est un signe d’aisance et d’attraction. Les affaires sont confiées à un moine qui a qualité de procureur. Cette charge pour la gestion du temporel sera dévolue à partir du XVIIe siècle à des receveurs laïques. L’abbaye devient une entreprise lucrative qui dégage d’importants bénéfices. Les travaux agricoles et manuels sont confiés à des serviteurs séculiers. Le temps du faire-valoir direct est lointain.

L’aménagement du territoire

Une seconde vague d’aménagements hydrauliques intervient au début du XVIe siècle. L’eau reste un problème majeur et constant. Il faut gérer à la fois l’eau stagnante qui noie les terres et l’absence de débit qui empêche les moulins de tourner. Les fossés nécessitent un entretien permanent pour continuer à jouer leur rôle. Mais c’est aussi une importante source de revenus. L’abbaye doit donc négocier avec les seigneurs qui possèdent des terres en amont des rivières qui baignent l’enclos.
En 1515 Jeanne de Boubaix a acheté le droit d’utiliser et d’amener deux ruisseaux, l’Escrebieux et le Boulenrieu jusqu’aux portes du monastère, afin de donner du débit au canal d’amenée des moulins installés sur le fossé entourant l’abbaye. Elle a négocié avec le seigneur de Raisse, Guillaume de Rouvray, dit de Sainct-Simon, au sujet des eaux qui viennent de Belleforière et qui coulent à travers la seigneurie de Râches. Elle s’engage à exécuter tous les travaux et notamment la construction d’un pont.
La même abbesse traite en 1520 avec Pierre, le seigneur de Belleforière, le droit de dériver et de disposer du courant de Belleforière jusque la Scarpe. Elle doit aussi assurer la circulation des convois par voie terrestre grâce à un pont suffisamment large et entretenu. Un canal de plus d’une lieue amène les eaux à l’abbaye dans les fossés qui entourent et entrecoupent l’enclos.
En 1539, « l’état des biens et revenus de l’abbaye au XVIe siècle » signale cinq viviers. Ils assurent sans doute l’approvisionnement en poisson de la communauté et jouent entre autres, le rôle de bassins de rétention en cas d’inondations.

Les relations avec les villageois

Il s’agit principalement de litiges fiscaux. Cette période correspond à un vaste remaniement de l’abbaye, ce qui génère des frais importants et la nécessité d’avoir une trésorerie conséquente. En 1513, Etienne Carpentier et Bernard Crynon comparaissent devant les échevins et le mayeur des religieuses à cause des droits qu’on leur réclame sur plusieurs brassins de cervoise brassés à domicile, au village. Le monastère obtient réparation, soit deux lots6 par tonneaux de bière brassée. En 1515 une autre sentence est rendue contre Jehan Wicquette et sa femme par la gouvernance de Douai. La taxe de deux lots par tonneau ne lui a pas été réclamée sur la bière qu’il a produite et le vin qu’il vend. Il refuse de régulariser un arriéré vieux de 7 ans. Il est condamné à payer.
En 1554 le bailli d’Orchies s’oppose à l’abbaye pour l’élection des échevins de Coutiches. Ceux-ci, une fois élus, doivent traditionnellement prêter le serment de respecter et de maintenir les droits de l’abbaye. Ferri Cambin refuse que l’on vote pour les gens de l’abbaye, leurs fermiers ou tenanciers. Il conteste même la prestation du serment habituel et fait défense aux échevins de servir en la cour de l’abbaye, sauf pour les cas de basse justice et les actes de transmission des propriétés. Seule la justice foncière leur est reconnue. Il ne reconnaît pas le droit de chasse de l’abbaye, droit parfois délégué comme récompense ou utilisé pour approvisionner le monastère en viande. Le bailli d’Orchies est définitivement débouté en 1556. L’abbaye est maintenue dans ses privilèges et usages.
Philippe IV qui manque d’argent pour soutenir la guerre, décide vendre la seigneurie de Flines qui appartient encore à la couronne. L’abbaye exerce sur son territoire et ses possessions les droits seigneuriaux, mais le reste du village relève du domaine direct du comte de Flandre et de ses descendants, notamment pour la haute, moyenne et basse justice. Ce qui peut expliquer que les autres seigneuries n’aient pu se développer et soient restées d’importance quelconque. Les habitants de Flines offrent 1200 florins et l’abbaye ajoute 800. Trois ans plus tard, en 1630, l’affaire est conclue. L’abbaye obtient par vente aux enchères la seigneurie, mais pour 8000 livres.
Différents agrandissements démontrent que l’église a encore quelques difficultés à contenir les paroissiens, ce qui traduit une démographie positive et une prospérité certaine. Entre 1460-1530  sont construits le chœur et les chapelles nord.
Un incendie, sans doute vers 1520-1530, est mentionné dans un « Etat des biens et revenus de l ‘abbaye au XVIe siècle ». Les religieuses donnent alors 100 livres et vendent des chênes. La paroisse peut ajouter le bas-côté sud-ouest, ce qui est attesté par les marques des tâcherons à l’extérieur de l’église (1561) et par deux blasons sur les sablières : celui de Philippine de Torcq (1561-1571) et celui de Lamoral d’Egmont, gouverneur de Flandre qui prôna le réalisme politique vis-à-vis des Gueux, ces fameux iconoclastes. Il fut décapité en place de Bruxelles en 1568, victime de l’intolérance de Philippe II d’Espagne, le roi très catholique. Ce seront les derniers agrandissements notables avant ceux du XIXe siècle.

Le rattachement à la France

Un climat d’instabilité et de pénurie règne avant le rattachement avec la guerre de Succession d’Espagne. L’abbaye va perdre beaucoup de son pouvoir et de son indépendance. Le roi va intervenir directement dans la gestion des abbayes, mais aussi sur leurs terres. Flines resserre les liens avec l’abbaye-mère et avec Loos qui représente l’ordre de Cîteaux, ce qui ne suffira pourtant pas à faire face aux ministres et à Vauban qui sont décidés à mener à bien leur stratégie.

L’intervention du pouvoir central

La communauté élisait auparavant librement l’abbesse de son choix – six abbesses au moins furent d’origine roturière. Le roi peut accepter ou non la personne choisie par la communauté, même si elle n’a obtenu qu’une seule voix. C’est ainsi qu’Ernestine Obert (1691-1695) est désignée contre l’avis de la communauté. Les moniales avaient donné leurs suffrages à Placide Ricart d’origine roturière qui fut néanmoins élue ultérieurement. En fait, le maréchal d’Humières, gouverneur de Flandre, cherche à placer sa sœur, religieuse de Jouarre. Elle est nommée à l’abbaye des Prés, à Douai, à titre de compensation. Une autre obtient Marquette, autre abbaye cistercienne. Le maréchal de Boufflers intrigue aussi pour placer sa sœur. Le roi va céder, mais momentanément. Plus une seule candidate d’origine bourgeoise ne sera élue ensuite. Signe des temps, l’abbaye ne compte plus que 45 religieuses de chœur vers 1674.

L’aménagement du territoire

La paix de Nimègue rattache en 1678 une partie des Pays-Bas espagnols au royaume. Les riches provinces du Nord peuvent approvisionner Paris en céréales à une époque où les disettes urbaines sont encore fréquentes. Il faut relier les centres agricoles, manufacturiers et enrichir le pouvoir royal.
Les données ne sont plus les mêmes dès lors que la frontière est déplacée. Les axes traditionnels est-ouest deviennent caducs: il convient désormais d’organiser la circulation fluviale interne entre le nord et le sud de la Flandre, puis étendre ce réseau au reste du royaume pour réaliser la jonction avec les pays nouvellement conquis.
La mise en communication entre Douai et Lille par voie fluviale réalisée par Louis XIV, n’est pas une idée récente. Déjà, en 1645, les Etats d’Artois s’étaient opposés à cette réalisation, vraisemblablement pour des raisons financières. Douai connaît un certain déclin, car elle a perdu de son importance dans la production du drap. Elle n’en reste pas moins le centre de collecte des grains qui étaient récoltés à cinq lieues à la ronde et qui étaient acheminés par le Scarpe, depuis au moins le XIVe siècle. Lille en revanche, exerce une réelle attraction dans tout le plat pays, par sa place prédominante dans la production textile, ses foires et ses marchés. C’est une région très fréquentée et utilisée pour le commerce et la circulation des marchandises.
Vauban propose un plan d’ensemble au roi, pour la Scarpe inférieure, c’est-à-dire de Râches à St-Amand. Il veut faire communiquer tout l’arrière-pays, le Hainaut à la Mer du Nord avec Dunkerque, Gravelines, Douay, Valenciennes, Condé, Mons avec Lille, Gand et la Hollande. Il désire aussi rattacher l’Escaut à la Scarpe par la vallée de la Sensée. Nombre de chemins sont submergés en hiver, comme en témoignent les nombreuses cartes levées à cette époque, ce qui entrave les relations commerciales. Cela s’accompagne de visées stratégiques et militaires.
Le roi passe outre l’opposition des Etats d’Artois, des châtellenies de Lille, Douai, Orchies et ignore les problèmes budgétaires notoires de Lille. Six ans sont nécessaires pour surmonter les importantes difficultés techniques liées au creusement du canal et à la réalisation des écluses du Fort de Scarpe et de Don.
De fait, si le trafic de marchandises est très important, celui des voyageurs est loin d’être négligeable. On compte chaque année sur le canal de la Haute-Deûle, de Lille à Douai, 730 voyages réguliers. Ce mode de transport reste en vigueur de 1699 jusqu’au moins 1829 ; il est de loin préférable aux chaussées mal entretenues et abîmées après la guerre de 1700-1713.
Les conséquences pratiques du creusement du canal sont immédiates sur l’arrière-pays, mais négatives pour Flines. Le Boulenrieu a disparu, puisque le tracé de la Haute-Deûle reprend son cours. Et l’Escrebieux, qui venait alimenter et grossir la Râche, est interrompu. Le moulin à farine et à huile, actionné par le courant du canal d’amenée et différentes dérivations, ne peut plus tourner, ce qui semble être la principale préoccupation de l’abbaye. Par ailleurs, les viviers organisés en réseau qui assuraient une part de l’alimentation, voient leur niveau baisser. Les fossés ne jouent plus qu’imparfaitement leur rôle. L’année de l’achèvement des travaux du canal, le 12 février 1693, l’abbaye adresse une requête à l’intendant, Louis Dugué de Bagnols (1684-1708) et réclame son arbitrage.
Il y a fort à penser que, si l’abbaye obtient facilement satisfaction, cela tient au fait que Louis XIV est intervenu directement dans la nomination de la dernière abbesse, Ernestine Obert. Il s’agirait en conséquence d’une forme de contrepartie à cette mise au pas. Les revenus annuels de Flines s’élèvant à «cinquante mil livres de revenu », elle compte aussi parmi les plus grandes jusqu’à rivaliser sans conteste avec les abbayes d’hommes; son poids économique peut expliquer aussi que le pouvoir royal ait accepté sans difficultés la solution proposée.
Or, le 20 janvier 1714, l’abbesse doit encore une fois intervenir et avoir recours à Maignart de Bernières (1708-1718), nouvel intendant de Flandre, parce que le Magistrat de Lille a fermé depuis peu la buse obtenue en 1693. Flines connaît à nouveau des problèmes d’approvisionnement en eau. Mais les échevins de Lille, afin de ne pas gêner la navigation, n’admettent l’ouverture qu’un jour hebdomadaire, à date fixe et quel que soit le niveau de l’eau et le débit. Vérification faite par de Fréville, le brigadier des armées du roi, le monastère se trouve dès lors rétabli dans ses droits antérieurs et peut manœuvrer les vannes de la buse quand bon lui semble et selon ses besoins. Les ennuis ne cesseront pas complètement, puisque l’intendant Antoine-François Méliand (1718-1730) s’adresse au sieur Huttin, subdélégué, le 19 novembre 1721 pour lui signaler « la mauvaise grâce à ces Magistrat…la mauvaise foy de leur substitues ».
L’ordonnance du 26 juillet 1677 rédigée suite à l’étude de Vauban et signée par Louis XIV, semble être restée sans effet. Assainissement, drainage, curage qui incombent aux riverains, donc aux abbayes, ne sont pas assurés. Pour preuve : en 1780 les habitants de Belleforière accusent l’abbaye : «... le courant destiné à porter les eaux desdits marais dans la rivière de Scarpe n’a été ni curé ni entretenu depuis nombre d’années quoique l’abbaye de FIines y soit assujettie par d’anciennes conventions... Les manœuvres entièrement à la disposition du meunier de l’abbaye... sont dirigées... sans égard au préjudice qu’en souffrent lesdits marais et terreins adjacens ».
Le XVIIIe siècle connaît néanmoins quelques avancées significatives au vu des récriminations de plus en plus nombreuses des riverains au fil des années. En 1719 est prise la décision de créer le nouveau canal du Décours, afin d’améliorer le drainage du Marais des Six-Villes jusqu’alors imparfaitement assuré par la Râche. En 1754, la Traitoire est prolongée et le lit de la Scarpe est quelque peu redressé.

Les relations avec les communautés villageoises 

L’abbaye doit reconstruire tout ou partie des fermes détruites par la guerre de Succession. Entre 1708 et 1713 les fermages n’ont pu être encaissés. Un exemple l’illustre bien à quel point la situation est critique. Un procès de cinq ans oppose les habitants de Flines et Placide Ricart. En 1714 la Gouvernance donne raison aux habitants qui considèrent que le soin des enfants trouvés dans le village incombe à l’abbaye. Deux fois de suite des enfants avaient été abandonnés à la porte de l’abbaye. En 1719 l’abbesse obtient l’annulation de la sentence. Ce soin incombera donc aux « pauvres » et en cas d’insuffisance de ressources, à la communauté des habitants dont le chiffre semble stagner selon les registres paroissiaux. La gestion des différentes abbesses n’a pas toujours été avisée non plus. Ernestine de Thiennes qui décède en 1757, laisse une dette de 107 000 livres. En 1776 Bathilde de Ste Aldegonde trouve un passif de 28 000 livres seulement.
Un arrêté du conseil du 27 juillet 1751 ordonne le partage du Marais des Six-Villes, entre les communes d’Orchies, Coutiches, Auchy, Bouvignies, Flines, Râches, Lallaing. Jusqu’à présent l’abbaye y avait les mêmes droits que ces 7 communes ; elle y exerçait la justice, haute, moyenne et basse. Des récriminations viennent des communes les plus éloignées (Coutiches, Auchy, Orchies) qui ne peuvent profiter du marais, mais qui en revanche doivent participer aux frais d’assèchement et d’entretien des digues. Sans compter le coût des procès. L’abbaye perd tout, y compris les droits seigneuriaux anciens. Il y a donc 600 bonniers à partager entre les communes.

Les relations avec les seigneurs 

Les relations avec les autres seigneurs  ne s’améliorent guère. A Cantin  procès et tracasseries se succèdent à partir de 1690 et après 1750. Le seigneur du lieu, Pierre-Izambard-François Caudron, fait arracher le pilori que les religieuses avaient renouvelé sur la place de leur seigneurie. Un arrêt rendu le 11 mai 1705 par la cour du Parlement l’oblige à rétablir de ses propres mains.
Le descendant de l’un des derniers acquéreurs dont l’un fut échevin à Douai, Marc-Antoine-Joseph Rémy, fut un plaideur infatigable. Il engagea procès sur procès pendant plus de 40 ans. Contre les habitants de Cantin, contre les abbayes d’Anchin, du Verger, de Flines7.
Autre exemple : un usage voulait que l’on sonne les cloches chaque jour pendant six semaines pour le décès d’une abbesse. A la mort de Placide Ricart en 1731 le sieur Rémy, seigneur du clocher, refuse qu’on sonne les cloches. Il conteste aussi un certain nombre d’usages : la place honorifique accordée au bailli dans le choeur de l’église paroissiale. Il veut que seuls ses officiers reçoivent les comptes, établissent l’impôt, décident des aides aux pauvres et être seul pour les droits de police. Qui est seigneur pour tout ou partie  du village ? Tel est le nœud du problème.
A Auchy, c’est un litige sur des limites territoriales avec François-Procope-Placide de Bassecourt, en1760. Dans le bois de Planart, le vicomte Duchatel de la Howardries intente un procès pour jouir du droit de pacage Il est débouté par une sentence du 1er février 1731. Le prince de Râches reprend les anciennes querelles (sentence du 17 juin 1754).
L’abbaye est confrontée aux revendications de la bourgeoisie montante, aux seigneurs qui veulent maintenir leurs droits anciens et le pouvoir central qui entend bien tirer profit de ses nouvelles conquêtes. Avec Vauban se dessine la volonté de dépasser les intérêts particuliers des communautés religieuses pour programmer un plan d’ensemble.

La Révolution 

L’histoire ira s’accélérant après 1789. L’abbaye restera pourtant pieuse jusqu’au bout, puisqu’en 1790 elle compte encore 95 professes. Mais son pouvoir est de plus en plus contesté. Il suffit de lire le Cahier de doléances du 23 mars 1789 de Flines pour s’apercevoir que l’abbaye est l’une des cibles des villageois. Les impôts représentent l’essentiel des sujets d’insatisfaction et des revendications. Ainsi pour les boissons il est demandé que « les dits impôts soient modérés et que les ecclésiastiques et nobles les paient comme les habitants ».
Le 27 juillet 1789 une troupe de 6 à 700 paysans marche sur l’abbaye. Ils réclamentde l’argent et l’annulation d’une sentence rendue en faveur du monastère. L’officier de Rancé et ses hommes appelés en renfort par l’abbesse, n’arrivent pas à calmer les gens : ils chargent. Quelques-uns sont arrêtés avec l’un des meneurs, Louis Messandor. Celui-ci est conduit à Lille pour y être jugé puis exécuté le 4 août sur la Grand’Place.
La Révolution sonne donc le glas de l’abbaye. Les religieuses quittent la France pour se réfugier en Belgique puis en Allemagne, à Holthausen. En 1794, le général Drut réclame la destruction des bâtiments pour des raisons stratégiques. Un litige entre les adjudicataires empêche une démolition rapide. De ce fait l’abbatiale se dresse toujours sur le site en 1805 et le cadastre de 1830 témoigne encore de l’existence de constructions. Mais la brasserie a été détruite, le moulin à eau vendu et une partie des fossés de drainage comblée. La « Mer de Flines » est acquise par un dénommé De Nayer de Gand. Les centres économiques et politiques se déplacent vers le centre du village. C’est l’époque des sucreries, des brasseries-malteries, des maisons de semences, de l’exploitation minière…. Les moniales reviendront après le Concordat et s’installeront à Douai, puis à Flines.

Bibliographie 

BARBIEUX José, L’église de Flines-les-Râches, Douai, 1985, 34 p., ill.
DERVILLE Alain, Les enquêtes fiscales de la Flandre wallonne 1449-1549, Lille, 1989. 
DEMOLON P., HALBOUT H., LOUIS E., LOUIS-VANBAUCE M., Douai Cité médiévale Bilan d’archéologie et d’histoire, Archaelogica duacensis, n°3, Douai, 1990, 70 p., ill.
HANKE Richard, « Formation et gestion du temporel de l’abbaye de Flines au XVe siècle », Les Amis de Douai, 1982, t. 8, n°12, p. 229-235, ill.
HAUTCŒUR Edouard, Cartulaire de l’abbaye de Flines, Lille, 1873-1874, 1029 p.
HAUTCŒUR Edouard, Histoire de l’abbaye de Flines, Lille, 1874, 553 p.
HEDDEBAUT Monique, « Les aménagements hydrauliques autour de l’abbaye de Flines », Pays de Pévèle, 1998, n°43, p. 29-34, ill.
HEDDEBAUT Monique, « La création du canal de la Haute-Deûle 1687-93 et ses répercussions », Pays de Pévèle, 2002, n°51, p. 25-32, ill.
WARIN Bernard, Flines-lez-Râches Un village sous la Révolution, Flines-lez-Râches, 1985, 188 p.

Archives départementales du Nord : séries 31H, L et Q

  1. Le bonnier vaut 1 hectare et 42 ares.
  2. Planart : lieu-dit de la commune de la Howardrie en Belgique
  3. Les deux paroisses de Faumont et Coutiches ont été scindées en deux communes distinctes en 1830.
  4. Flines vient de figulinas qui signifie poteries ou ateliers de potiers.
  5. DERVILLE Alain, Enquêtes fiscales de la Flandre wallonne 1449-1549, Lille, 1983.

 

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