TRANSFERT DE L'ABBAYE : LES RAISONS

Le transfert de l’abbaye de l’Honneur Notre-Dame d’Orchies à Flines (1234-1253)

Comme bon nombre de monastères cisterciens, l’Honneur Notre-Dame a connu un site primitif avant d’être installé définitivement à Flines à partir de décembre 12531. En effet, Marguerite de Dampierre, seconde fille du comte de Flandre, le fonde d’abord sur les actuelles limites communales d’Orchies, le 9 octobre 12342.

Depuis les allégations d’Edouard Hautcœur, les causes de ce transfert ont toujours été attribuées aux mauvaises relations entretenues par les religieuses avec le chapitre de Tournai. Les motifs du déménagement sont cependant plus complexes. Les actes du cartulaire mettent à jour une réalité plus nuancée. Leur étude laisse entrevoir que ce transfert est avant tout une opération longue et difficile, voulue et calculée par Marguerite de Constantinople.

Hautcœur a donc été le premier à avancer, avec peu d’arguments, que les raisons du transfert sont dues au chapitre de Tournai. Dans la mesure où cet ecclésiastique faisait autorité, toute une génération d’historiens s’est contentée de répéter ses affirmations. Or, cette thèse ne repose que sur l’expression propter gravamina et difficultates  mentionnée dans l’acte daté d’octobre 12513. Le chapitre d’Arras y accepte, à la demande des cisterciennes, le transfert dans le diocèse d’Arras. Ces dernières ont invoqué les nombreuses difficultés qu’elles rencontrent dans le diocèse de Tournai. Toutefois, il n’est précisé d’aucune manière la nature des problèmes auxquels elles sont confrontées et encore moins leurs causes. Certes, à la même période, un litige existe entre l’abbaye et le chapitre de Tournai au sujet des dîmes de Landas. Mais, que cette seule affaire oblige la communauté à déménager paraît étonnant ; d’autant que Marguerite de Dampierre est devenue comtesse de Flandre en 1244, après la mort de sa sœur Jeanne.

Effectivement, à partir de cette même année, elle s’emploie à mettre son pouvoir politique au service de la protection de l’abbaye. Elle cherche surtout à lui donner un pouvoir économique en suivant une logique de remembrement des terres. La comtesse se charge d’agrandir les possessions du monastère autour de son exploitation agricole - située à Flines- , qu’elle avait fait donner par son bailli Wagon de Douai4, en juillet 1242. À partir de 1244, la majorité des acquisitions foncières est localisée entre Orchies et Flines. Ainsi, Marguerite donne à l’abbaye en septembre 1245 divers terrages situés à Anhiers, Coutiches et Flines5, ou encore en juillet 1248 144 bonniers de bois à Râches6. Elle lui fait acquérir aussi plusieurs dîmes, comme celles de Râches7 ou celles de Faumont8 en janvier et février 1246. Sans oublier de lui accorder des privilèges, dont le plus connu est le droit de pacage au Marais des Six-Villes9 en avril 1244.

De plus, il apparaît que la comtesse n’a pas choisi le site de Flines au hasard. Avec cette volonté de constituer un monastère économiquement puissant, elle décide de l’installer dans un lieu présentant, sans conteste, des potentialités géographiques nettement supérieures à celui d’Orchies. D’une part, Flines est plus près de Douai, ville qui devient peu à peu, au milieu du XIIIe s., une grande cité drapante au détriment d’Orchies. Et d’autre part, le terrain sur lequel s’installent les religieuses, est proche d’axes commerciaux terrestres (le Grand Chemin allant de Tournai à Douai) et fluviaux (le débouché de la Scarpe).

Les véritables causes du déménagement des cisterciennes dépassent donc le simple différend avec le chapitre de Tournai. Ce transfert est en réalité la traduction de l’avènement au pouvoir de Marguerite. Dès lors, la nouvelle comtesse de Flandre choisit de faire de l’abbaye de l’Honneur Notre-Dame la marque de son pouvoir et le reflet de ses richesses ; comme sa sœur Jeanne l’avait fait avec l’abbaye cistercienne de Marquette.

Caroline Biencourt-Hermant

  1. Voir Arch. Dép. Nord, 31 H 93, pièce 1643. Hautcœur (E.), Cartulaire de l’abbaye de Flines (1200-1630), Lille-Paris-Bruxelles, 1873-1874, t. I, n°CII ; Histoire de l’abbaye de Flines, 1ère éd., Paris, 1874, p. 40 ; 2e éd., Paris, 1909, p. 38.
  2. Voir Archives Départementales du Nord, 31 H 12, pièce 155. Hautcœur, Cartulaire…, t. I, n° XII.
  3. Voir Arch. Dép. Nord, 31 H 12, pièce 156. Hautcœur, Cartulaire…, t. I, n° XCII.
  4. Voir Arch. Dép. Nord, 31 H 13, pièce 169. Hautcœur, Cartulaire…, t. I, n° XXVIII.
  5. Voir Arch. Dép. Nord, 31 H 13, pièce 175. Hautcœur, Cartulaire…, t. I, n° LIX.
  6. Voir Arch. Dép. Nord, 31 H 13, pièce 191. Hautcœur, Cartulaire…, t. I, n° LXXV.
  7. Voir Arch. Dép. Nord, 31 H 13, pièce 176. Hautcœur, Cartulaire…, t. I, n° LXV.
  8. Voir Arch. Dép. Nord, 31 H 63, pièce 972. Hautcœur, Cartulaire…, t. I, n° LXVIII.
  9. Voir Arch. Dép. Nord, 31 H 13, pièce 193. Hautcœur, Cartulaire…, t. I, n° XXXVI.

 

 

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