LA GUERRE, LA FAMINE, LA PESTE ET LA MORT


Enterrement des victimes de la peste à Tournai, en 1342

Le développement de la société au Moyen Age a connu, pendant quatre siècles, des hauts et des bas. Des bas, très bas, lors des périodes d’instabilité générales ou locales dues aux guerres diverses – et en tête la guerre de Cent ans -, aux famines, à la peste. Et d’abord la peste noire, qui fit tant de victimes en Europe à cette époque. Entre 1350 et 1450, dans l’espace aujourd’hui français, seule onze années sont complètement épargnées par le fléau qui, certes, ne frappe pas partout en même temps. Les principales poussées surviennent en 1360-1362, 1369, 1374-1375, 1399-1402. Au cours de la même période, la population (toujours dans les limites actuelles de la France) chute abruptement : avoisinant 17 ou 20 millions d’âmes (selon les auteurs) vers 1350, elle n’est plus que de 6 à 8 millions d’individus un siècle plus tard. Des villages sont totalement dépeuplés.
Des provinces entières sont exsangues. En Normandie, le pays de Caux, ravagé à plusieurs reprises par les Anglais, sans compter famines et pestes, ‘’demeura presque inhabité’’, selon les ‘’Chroniques de Normandie’’, qui ajoutent : ‘’Hommes et femmes fuyaient par terre et par mer, comme en péril de feu’’.
L’évolution de la démographie mesure bien le niveau des malheurs du temps. Elle est précisément connue à Reims et de façon éloquente : 20000 habitants environ en 1315, 16000 ou 18000 en 1328, à peine 10000 au milieu du XVème siècle. Même chose à Paris, ville la plus peuplée de la chrétienté avec 200000 habitants, voire un peu plus vers 1330. Mais, en 1348, la peste débarque. Sans grands dégâts d’abord, mais en deux mois, en 1349, elle raye plusieurs dizaines de milliers de Parisiens de la liste de vivants.
Soixante années après, nouveau coup dur : entre 1410 et 1423, la population s’effondre une fois de plus par décès, mais aussi par émigration. Et en 1430, elle réduite de moitié. Conséquence frappante, à cette même période, sur le pont Notre-Dame, quartier chic, une maison sur trois est à l’abandon. Les emplacements inhabités occupent le tiers de la superficie de l’île de la Cité. Même chose à Lille, où un tiers du patrimoine bâti est devenu terrains vagues, idem à Lyon et à Toulouse. Le phénomène est général.
Heureusement, il y a aussi des hauts après tant de désastres. La croissance démographique de l’Europe a été excellente jusqu’au début du XIIIème siècle. Même chose au XVème à partir de 1460. On a quelques exemples frappants de cette reprise (1). Au Bos, un village de la baronnie de Neubourg, en Normandie, il y avait vers 1445 vingt deux ‘’coutumiers’’ jouissant d’un droit de pâturage. Ils étaient cent deux, cinquante ans plus tard. Cette croissance s’explique par le retour de la fécondité naturelle liée à la paix et à une alimentation plus abondante, mais aussi, en partie, par des migrations à court ou moyen rayon d’action de populations épargnées qui venaient combler, si l’on ose dire, les vides. Vers 1440, un village proche de Sens, Sépeaux, n’avait plus ni curé ni paroissiens. Vers 1490, il compte 80 ménages, bretons, limousins ou tourangeaux. De même, dans la seconde partie du XVème siècle s’installent près de Bordeaux 600 familles de Saintongeais, Poitevins, Limousins, Périgourdins, Rouergats et Auvergnats, sans compter quelques Angevins et Tourangeaux. Certains (les ‘’gabais’, ou Gavaches) peuplaient la Petite Gavachie (dans l’Entre-Deux-Mers) et la Grande Gavachie (entre Coutras et La Réole) et conservèrent longtemps leur parler d’oil.

1. ‘’L’économie médiévale’’, de Philippe Contamine, M. Bompaire, S. Lebecq et J-L Sarrazin (Armand Colin)


La mort et le physicien, XV ème siècle

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