COMMENT SE LOGEAIENT LES IMPORTANTS ET LES PETITS

En ville, le rez-de-chaussée aux bourgeois, les étages aux petites gens. Et la rue comme annexe de la maison pour tous.

Naturellement, les ‘’importants’’, comme aurait dit la proustienne Madame Verdurin, les évêques, les nobles disposaient d’hôtels souvent fastueux.
De même les gros marchands, les riches bourgeois possédaient-ils des maisons de pierre et de bois donnant sur la rue : au rez-de-chaussée la boutique ou l’atelier, à l’étage une salle commune desservant sept à huit pièces.
L’artisan modeste ou le manouvrier devaient se contenter d’une ou deux pièces à l’étage. Les maisons urbaines comptaient alors deux ou trois étages, voire quatre comme parfois à Paris. Mais, dans certaines villes, la maison des humbles était une chaumière (pièce unique au sol de terre battue). Quant aux plus pauvres, ils n’avaient guère droit qu’aux combles ou aux baraques d’arrière-cour.
Les loyers ? On les connaît mal, mais plus on montait moins c’était cher. Dans une maison de l’île de la cité à Paris, signalée par Jacques Rossiaud (dans ‘’l’histoire de la France urbaine’’, tome II, seuil), le tarif est implacablement dégressif : 64 sous pour le rez-de-chaussée ; 48 sous pour les trois premiers étages et 32 pour le dernier. Une baisse des loyers consécutive à une crise a permis, raconte l’historien Bronilav Geremekà, à la parisienne Marion Bourdine de dégringoler l’escalier de son domicile. En 1422, elle occupe le troisième étage ; en 1424, le deuxième ; en 1426, le premier. Descendre l’escalier était alors le comble de l’ascension sociale.
Le confort ? Sommaire, voire très sommaire. Le chauffage était fort médiocre, même si les ‘’bonnes’’ maisons possédaient des conduits de cheminée maçonnés, plus efficaces et moins dangereux. Mais on avait encore froid, surtout lors de la vingtaine des terribles hivers qui marquèrent les XIVème et XVème siècles, et au cours desquels l’eau gelait dans les puits, le vin dans les cruches et l’encre sur les pages ou dans les encriers, ce dont se plaignait François Villon, qui ne peut, dans le ‘’Lais’’, terminer son propos :
‘’Mais mon encre étoit gelé
et mon cierge étoit soufflé
de feu je n’eusse pu finer (me procurer)
si (ainsi) m’endormis, tout emmouflé…’’

Villon bien emmitouflé est l’image même du citoyen désargenté du Moyen Age lorsque survient la froidure.
…’’Sur la Noël, morte saison
Que les loups (se) vivent de vent’’….

Pour raison de vents coulis, les fenêtres étaient petites, mais nombreuses. Les plus fortunés les fermaient d’un parchemin huilé et, de ce fait, devenu translucide.
Le mobilier était réduit au minimum et peu volumineux pour causes de portes étroites : le lit, la table – souvent un plateau posé sur des tréteaux -, des huches, parfois un dressoir, surtout des coffres, dans lesquels on enfermait les vêtements, le linge, la vaisselle, toutes les ‘’richesses’’ familiales.
Une bonne partie de la vie urbaine se déroulait dans la rue, annexe de la maison pour les pauvres comme pour les riches. C’est sur le pas de leur porte que les femmes filaient la laine ou le lin. C ‘est là qu’elles bavardaient avec leurs voisines, comme elles le faisaient au lavoir, au four ou au moulin. Pour les hommes, la rue était aussi une annexe de l’atelier et l’accès à la taverne toute proche.


Vue d'une rue au Moyen Âge tirée du ''Livre du gouvernement des princes'', par Gilles de Rome (1510, environ)

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